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Éditorial

DES FEMMES RÉAGISSENT CONTRE LES VIOLENCES DONT ELLES SONT VICTIMES

MALI

De nombreuses associations de défense des droits de la femme au Mali alertent l’opinion publique et les autorités du pays sur la recrudescence des violences contre les femmes. Elles sont unanimes pour constater qu’il y a une augmentation, voire une « banalisation » de ces violences. Elles dénoncent aussi « le manque de réactivité de l’ » devant ces actes dont la plupart sont impunis.

Il est difficile de chiffrer le nombre de ces violences du fait que d’une part, les autorités n’y accordent que très peu d’importance et d’autre part, parce que la plupart du temps les femmes battues ou violées n’osent pas porter plainte devant les tribunaux pour de multiples raisons liées à la tradition, à la religion ou bien tout simplement à cause de la peur des représailles.

Ce qui est encourageant c’est que, malgré tout le poids de la pression sociale, de plus en plus de femmes se mobilisent (surtout dans la capitale) pour s’indigner et manifester dans la rue lorsqu’un crime ou un acte de violence contre une femme est portée à leur connaissance. Cela a été le cas tout dernièrement, le 3 février, après le choc de la diffusion sur les réseaux sociaux, de la vidéo d’un viol collectif. Sur les images, on voit une jeune fille de 14 ans qui pleure et se débat face à quatre assaillants à visages à découverts.

De nombreuses femmes, notamment des militantes d’associations féministes comme les Amazones ou des membres d’associations de défense des droits humains ont réagi pour que la police fasse le nécessaire afin de capturer ces criminels. Elles ont enregistré la vidéo du viol et l’ont donné à la brigade des mœurs de Bamako afin qu’une enquête soit ouverte immédiatement.

Connaissant le manque d’enthousiasme des autorités, les militantes ont lancé un appel dans les réseaux sociaux et offert une somme symbolique de 50.000 francs CFA à celle ou celui qui leur donnerait des informations permettant d’entrer rapidement en contact avec la victime ou ses parents.

Craignant que la justice mette le dossier dans un tiroir au cas où la jeune victime du viol ne porterait pas plainte (ou que ses parents ne le feraient pas à sa place), plusieurs organisations ont été volontaires pour se porter partie civile.

Au bout de quelques jours, les violeurs ont été capturés mais les associations restent vigilantes et exigent qu’ils ne soient pas relâchés dans la nature au bout d’un petit séjour en prison. Elles veulent qu’ils soient jugés de manière exemplaire afin de montrer aux futurs violeurs et agresseurs de femmes qu’ils seront sévèrement punis.

Au niveau du gouvernement, cet acte barbare n’a pas suscité autant d’indignation ni de commentaires particuliers en dehors des autosatisfactions sur la prétendue efficacité de la police. Pour un cas de viol se terminant par des arrestations, combien d’autres restent sans suite ?

Les hommes au pouvoir, les dignitaires religieux et traditionnels, ceux qui occupent le devant de la sphère médiatique, ont plutôt tendance à laisser propager le discours selon lequel ce sont les femmes elles-mêmes qui seraient responsables, par leur « comportement » ou leur « provocation », des violences qu’elles subissent. Comment s’étonner alors de la « banalisation » des actes de violences contre les femmes ?

Quelques semaines à peine avant ce viol collectif, le gouvernement malien a eu l’occasion de montrer son vrai visage en matière de lutte contre les violences faites aux femmes. C’était après un meurtre odieux commis par un homme contre sa femme. Le 12 janvier dernier, des femmes ont manifesté devant le parlement pour demander aux députés de voter une loi punissant sévèrement les violences conjugales. Mais le gouvernement, au lieu de soutenir ces femmes qui ont eu le courage de dire qu’elles ne se sentaient pas protégées, a envoyé la police pour les disperser en les aspergeant de gaz lacrymogène et en les frappant à coups de matraques. Aucun député présent n’a protesté contre cette brutalité. Ils ne veulent pas toucher aux lois actuelles qui considèrent la femme comme inférieure à l’homme.

L’échec de la tentative de réforme pas très courageuse d’ATT

Officiellement, le Mali est « une République laïque » comme aiment à le répéter ses dirigeants politiques. Mais le statut de la femme tel qu’il est défini dans le « code de la famille » est particulièrement rétrograde et découle directement des coutumes musulmanes. En août 2009, l’ancien président Amadou Toumani Touré (ATT) a voulu dépoussiérer un tout petit peu le statut de la femme en faisant adopter au parlement un nouveau code plus moderne. Par exemple, sur la question du mariage, seul le mariage civil devrait être désormais légal contrairement à la loi précédente qui établissait l’égalité entre le civil et religieux. L’âge minimum requis pour le mariage est passé de 16 à 18 ans pour les filles comme pour les garçons. L’épouse ne devrait plus « obéissance » à son mari. Concernant les enfants, « l’autorité paternelle » a été remplacée par « l’autorité parentale ». Sur la transmission de l’héritage, ATT a voulu introduire une certaine égalité entre les filles et les garçons en cas de décès des parents.

Immédiatement après l’adoption du nouveau code, le milieu islamiste (avec à sa tête le Haut conseil islamique dirigé par l’imam Mahmoud Dicko) a mobilisé ses troupes pour le fustiger sous prétexte qu’il serait « inadapté aux valeurs maliennes » et fabriqué par « la prétendue société civile financée par les Occidentaux », « une trahison contre l’islam », etc. Ils ont fait défiler leurs talibés en brandissant des tablettes de sourates. Le 12 Août 2009, ils ont rassemblé 50 000 personnes au stade du 26 mars, ce qui a contraint l’ancien président ATT à reculer en retirant sont texte.

En décembre 2011, ATT fait revoter une nouvelle mouture selon la volonté des imams, c’est-à-dire un code aussi rétrograde que celui d’avant sa réforme de 2009. Il est plus ou moins le reflet du statut d’infériorité de la femme dans la société malienne. La réalité est parfois pire car le peu de droits qui existent dans les lois est surtout destiné à montrer aux instances internationales que « le Mali est un de droit ».

La lutte contre l’oppression de la femme fait partie de la lutte pour l’émancipation de tous les travailleurs

La lutte contre l’oppression de la femme fait partie de la lutte pour l’émancipation de tous les travailleurs

L’oppression de la femme ne résulte pas des lois existantes mais des réalités sociales et culturelles héritées de longue date. Les lois elles-mêmes ne sont que les reflets des inégalités existantes à l’intérieur de la société. Le combat contre l’oppression de la femme, pour l’égalité des sexes, fait partie du combat des socialistes et cela ne date pas d’aujourd’hui. Il y a deux siècles, le socialiste Charles Fourier expliquait déjà que, dans une société donnée, le degré d’émancipation des femmes est la mesure de l’émancipation générale. C’est une dirigeante socialiste (Clara Zetkin) qui en 1910, proposa de faire du 8 Mars une journée internationale de la femme. Les femmes du monde entier étaient appelées à manifester pour obtenir des droits tels que le droit de vote ou l’égalité des sexes.

Pour les dirigeants du mouvement ouvrier de cette époque-là, le combat pour l’émancipation des femmes était lié au combat de l’ensemble du prolétariat contre l’exploitation capitaliste. En débarrassant la société du système capitaliste, le prolétariat se donnera la possibilité de fonder une nouvelle société où seraient bannies toutes formes d’oppression, dont celle de la femme. L’égalité entre les sexes ne sera pas seulement une simple phrase écrite dans la loi mais deviendra une réalité car l’État socialiste que le prolétariat mettra en place en faisant sa révolution, déploiera tous les moyens pour combattre les préjugés par l’éducation et par la nouvelle organisation économique et sociale. Ce combat est d’une actualité criante.


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