UATCI
Éditorial

UNE TRAGÉDIE QUI ÉTAIT PRÉVISIBLE

MALI

Le village peul d’Ogussagou, dans le centre du Mali, a été le théâtre d’un bain de sang d’une violence inouïe le 23 mars dernier. Le bilan provisoire fait état d’au moins 160 morts dont de nombreuses femmes et enfants et des centaines de blessés. Cette barbarie serait l’œuvre d’une milice d’autodéfense dogon nommée Dan Nan Ambassagou.

Selon l’antenne de l’ONU présente au Mali, il y a eu déjà 58 attaques de ce genre dans cette même région du Centre depuis 2018, faisant plus de 500 tués. En effet, les conflits entre agriculteurs dogons ou bambaras et éleveurs peuls pour l’accès à la terre ne sont pas une nouveauté dans la région, comme dans toute cette partie de l’Afrique. Mais ils ont été exacerbés au Mali par la guerre. Les groupes djihadistes qui avaient envahi le Nord n’ont pas disparu, mais ont essaimé dans tout le pays. L’un d’entre eux est apparu dans le centre du pays et a recruté dans les populations musulmanes d’origine peule. Tous les habitants des villages peuls ont alors été soupçonnés de soutenir les djihadistes, accusés d’être responsables de leurs exactions.

Des milices dites d’autodéfense se sont constituées des deux côtés. Les Dogons ont formé Dan Nan Ambassagou, avec l’objectif de protéger leur communauté. Les Peuls ont constitué l’Alliance pour le salut du Sahel pour, disaient-ils, défendre les civils peuls du centre du Mali et du Burkina Faso contre les milices de l’autre camp. Les attaques de villages se sont succédé, avec des assassinats visant des personnes influentes de chaque communauté, les interdictions d’accès à certains points d’eau, foires ou villages.

Dans ces régions, l’État est totalement inexistant, et la population doit se débrouiller elle-même pour gérer ses problèmes. L’armée malienne, dont un camp est situé à 20 km du lieu du massacre, a mis quatre heures à arriver sur les lieux. Des galonnés ont même eu le culot de dire qu’ils ne pouvaient pas trouver les coupables parce qu’il n’y aurait pas de témoins pouvant les reconnaitre.

Devant l’indignation et la colère que cette tuerie a provoqué au sein de la population, y compris jusqu’à Bamako, le président malien a limogé trois chefs de l’armée et dissous officiellement, c’est-à-dire pour la forme, la milice dogon. Mais tout cela ne change absolument rien. Les habitants de la région, qu’ils soient peuls, dogons, bambaras ou autres, sont pris dans l’engrenage d’un affrontement ethnique meurtrier, d’autant plus que certaines personnes n’hésitent pas à propager un discours de revanche et de haine avec un relent ethnique. Des représailles ont déjà eu lieu dans d’autres villages où cette-fois, ce sont les Dogons qui ont été tués. Personne ne sait jusqu’où ira cet engrenage.

Le gouvernement était au courant du danger que constituait la prolifération de ces milices. Parfois c’est lui-même qui armait certains groupes paramilitaires comme le Gatia dans le Nord pour faire face à l’influence des groupes indépendantistes liés à l’Azawad.

Dans le pays dogon comme dans les zones de peuplement peul telle que la région de Mopti, des habitants inquiets de la montée des menaces ont plusieurs fois demandé aux autorités de procéder au désarmement de ces milices mais le gouvernement s’est contenté de proclamer que tout le monde devrait déposer les armes à compter de fin janvier 2019. L’armée malienne était plus occupée à terroriser et à racketter les petites gens qu’à affronter les milices armées. Et ce qui devait arriver a fini par arriver : le bain de sang.

IBK est venu verser des larmes sur le lieu du massacre et a décrété un deuil national mais les populations restent dans la crainte de nouveaux massacres ; elles n’ont aucune confiance dans l’armée malienne. Certains préfèrent la présence des casques bleus de l’ONU pour les protéger.

Ce qui est sûr c’est que les forces de l’ONU déjà présentes au Mali tout comme celle de l’opération Barkhane de l’impérialisme français, ne sont pas là pour protéger les populations mais avant tout pour garantir les intérêts des capitalistes français et autres dans la sous-région.


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