UATCI
Éditorial

LA COLÈRE GRONDE CONTRE L’INCAPACITÉ DU POUVOIR À LUTTER CONTRE L’INSÉCURITÉ AU NORD ET AU CENTRE DU PAYS

MALI

Depuis la recrudescence des massacres intercommunautaires perpétrés par des milices armées au centre du Mali, notamment dans la région de Mopti et de Ségou, le nombre de victimes ne cesse de s’aggraver. Rien que depuis le début de cette année on compte déjà (selon les chiffres officiels) plus de 280 morts et plusieurs milliers de réfugiés. Il y a probablement plus de victimes mais elles ne sont pas recensées du fait de l’absence criante des services de l’État dans les localités touchées.

Les habitants de ces régions demandent au gouvernement de les protéger mais le président malien se contente de proclamer des journées de deuil national. Le lendemain du massacre de Ogossagou qui a fait plus de 160 morts le 23 mars dernier, il a limogé quelques hauts gradés de l’armée et promis que les milices seraient désarmées mais force est de constater que celles-ci continuent de sévir. De récents massacres ont encore eu lieu le 10 juin à Sobame Da, faisant plus de 30 morts, puis le 17 juin dans la localité de Yoro dans le cercle de Koro, 38 morts. Il y a des meurtres presque chaque jour à l’intérieur du pays mais les autorités politiques font mine de les ignorer.

C’est face à la multiplication de ces massacres qu’une manifestation a eu lieu à Mopti le 17 juin à l’initiative d’associations de femmes, puis à Bamako le 21 juin, à l’appel d’associations dont le Collectif des Associations de jeunes de la Région de Mopti et sympathisants (CAJRMS).Celle-ci a rassemblé entre 3000 et 5000 personnes. Certains ont demandé à l’État malien de renforcer la présence militaire dans les zones menacées, d’autres ont dénoncé son incapacité de faire face aux violences. On pouvait aussi lire des pancartes dénonçant la France, la Minusma et le G5. Des manifestants scandaient « À bas la France », « La France complice des terroristes », « Minusma : Mission inutile au Mali » ou encore « G5 : Dégager de chez nous » …

Les forces de l’ordre étaient massivement présentes lors de la manifestation pour éviter tout débordement. Le président malien Ibrahim Boubacar Keita a bien raison de craindre pour la survie de son régime. La colère populaire contre son régime ne se limite pas à son incapacité de faire face aux massacres mais aussi à la corruption qui règne au sommet du pouvoir, aux milliards dilapidés pour satisfaire les caprices du président, à la gabegie qui règne au palais de Koulouba, la demeure du président, etc. À cela il faut ajouter la colère des petits employés de l’État, des hôpitaux comme de l’enseignement public ainsi que des écoliers et des étudiants. Cela fait en effet beaucoup de mécontents qui, s’ils sortaient dans la rue, pourraient mettre en danger le pouvoir.


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