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DARLING : LES TRAVAILLEURS FACE À L’EXPLOITATION ET AU MÉPRIS PATRONAL

LE QUOTIDIEN DES TRAVAILLEURS

Darling est une entreprise de production de mèches de cheveux synthétiques dans la zone industrielle de Yopougon. Les travailleurs manipulent des fibres synthétiques, de la colle ; ils entrent dans les salles de séchage sans la moindre protection. Ils ne disposent même pas de tenues de travail digne de ce nom, pas de chaussures de sécurités, pas de masques de protection contre les fibres synthétiques et les colles qu’ils manipulent à longueurs de journée. Ils ne disposent que des tabourets inadaptés pour le dos alors qu’ils doivent faire des efforts intensifs et soutenus. Les plus anciens sont physiquement épuisés et tombent souvent malades : fatigue générale, problèmes de nerfs, maux de dos, etc.

Et pourtant, cela n’empêche pas le patron d’accroitre la production sans cesse. Elle a été multipliée par deux au cours de ces vingt dernières années. Pendant ce temps les salaires sont bloqués malgré la cherté de la vie. Plus de 500 ouvriers ont plus de 2 ans d’ancienneté ; certains y ont passé plus de 15 ans sans être embauchés. Il n’y a pas de changement de catégories ; Il n’existe pas de cantine. Pour un oui ou pour un non, ce sont des mises-à-pieds ou des renvois. Trop c’est trop !

De la mobilisation aux premiers résultats

En octobre 2018, les travailleurs, particulièrement les journaliers, ont commencé à se mobiliser pour réclamer des embauches et de meilleures conditions de travail. Un préavis de grève a été déposé à l’Inspection du travail. Celle-ci a convoqué le patron et les porte-paroles des travailleurs. Si l‘Inspecteur a reconnu que les travailleurs ont raison et qu’ils devraient être effectivement embauchés, il les a quand même envoyé balader sous prétexte qu’aucun d’entre eux n’avait un mandat de délégué reconnu préalablement par le patron. Et comme par hasard, les délégués n’avaient plus de mandat puisqu’aucune élection n’a eu lieu depuis des années dans cette entreprise.

Voilà comment par un tour de passe-passe, l’Inspecteur du travail a joué le jeu du patron. La ficelle était trop grosse, mais peu leur importe ! Cela a montré, une fois de plus, que tant que la détermination des travailleurs n’est pas nette, leurs revendications, fussent-elles légitimes, ne peuvent pas aboutir !

Des élections ont été prévues en janvier 2019 et ont été reportées à maintes reprises. Mais au finale, elles ont eu lieu et les journaliers l’ont emporté à la majorité devant les anciens délégués. Entre temps, deux travailleurs à la tête du mouvement ont été renvoyés. C’est seulement après toute cette perte de temps que les négociations entre les travailleurs et la direction ont repris sous la supervision des Inspecteurs du travail, durant encore trois mois.

Le patron s’est engagé à embaucher quelques cinq cents travailleurs, mais par tranches. C’est ainsi que le 30 septembre dernier, environ cent travailleurs ont été embauchés. Durant ces moments de mobilisation les travailleurs ont constaté que les renvois abusifs et les sanctions ont diminué. La peur devant les petits patrons a également diminué et les travailleurs se sont sentis fiers d’avoir contribué à ce petit changement de climat au sein de l’entreprise.

Mais la lutte doit continuer !

Ils ont obtenu en partie satisfaction. Mais il reste encore beaucoup à faire, notamment l’embauche des quelques 400 travailleurs qui sont encore des temporaires. Voilà pourquoi les travailleurs ont intérêt à poursuivre leur mobilisation, à renforcer les liens de solidarité entre eux par-delà les corps de métiers et les statuts, pour devenir une véritable force collective et soudée face à la direction. Sans cette force, le patron récupérera d’une main ce qu’il a cédé de l’autre, ou alors il continuera de faire lanterner les travailleurs avec des promesses sans lendemain.


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