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QUAND LE NOUVEAU POUVOIR JOUE AU JUSTICIER

MALI

Karim Keïta, fils ainé de l’ancien président malien Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) renversé par le coup d’État du colonel Assimi Goïta en août 2020) est connu pour ses frasques et son train de vie de nabab durant les sept années de pouvoir de son père. Dans le sillage de son papa, il s’était fait élire député en 2013 puis a été propulsé à la présidence de la Commission de la Défense de l’Assemblée. C’était un poste juteux qui lui permettait de puiser en toute tranquillité dans le budget « top secret » de l’armée malienne. Il était alors intouchable et ne tolérait pas qu’un journaliste mette son nez dans ses affaires d’enrichissement personnel. C’est ainsi qu’un journaliste (Birama Touré) qui enquêtait sur lui pour le compte d’un hebdomadaire malien, est porté disparu depuis janvier 2016. Selon sa famille et son directeur de publication, ce journaliste a été enlevé, torturé et tué après plusieurs mois de détention.

Dès le départ, la justice malienne avait mis le couvercle sur cette affaire car elle était alors sous les ordres d’IBK, père et protecteur de l’accusé. Aujourd’hui, c’est cette même justice sous la botte des putschistes qui fait semblant de découvrir qu’il y a eu un crime et prétend poursuivre l’assassin. Seulement ce dernier a eu le temps de fuir depuis le coup d’État de 2020. Il se trouve actuellement en Côte d’Ivoire sous la protection du président Ouattara, le même qui a accueilli Blaise Compaoré, l’ancien dictateur du Burkina Faso après son renversement à la suite d’un soulèvement populaire en octobre 2014. Lui aussi est poursuivi par la justice de son pays pour avoir assassiné son ancien compagnon de route Thomas Sankara.

C’est dans la même foulée que la justice malienne fait semblant de découvrir aujourd’hui que l’achat de l’avion présidentiel par l’ancien président IBK était entaché de malversations et de détournements de fonds publics au sommet de l’État. C’est ainsi que, Soumeylou Boubèye Maïga (ex Premier ministre d’IBK) vient d’être mis sous mandat d’arrêt par le tribunal de Bamako. Il est accusé d’avoir participé à des opérations frauduleuses alors qu’il était ministre de la Défense au moment de l’achat de l’avion présidentiel.

Il ne faut surtout pas croire que la justice malienne est devenue d’un seul coup, soucieuse de traquer les assassinats politiques et les affaires de corruption. Il ne s’agit-là que de règlements de compte entre les nouveaux arrivants au pouvoir et les anciens. Il faut bien que les nouveaux fassent semblant de « balayer la maison » pour se donner une image de redresseurs de torts. Alors ils vont se faire de la publicité à bon compte en poursuivant quelques individus haut placés. Mais ils n’iront pas jusqu’à chercher des poux sur la tête des hauts galonnés de l’armée dont l’enrichissement à grande vitesse est connu de presque tout le monde, ce serait se tirer une balle dans le pied. La population malienne est habituée à ce genre de cinéma après chaque coup d’État. Le pouvoir change de mains mais les mêmes pratiques mafieuses demeurent.


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