UATCI

UNE GUERRE ENTRE CLIQUES RIVALES

ÉTHIOPIE-TIGRÉ

Le 7 novembre les dirigeants éthiopiens ont organisé à Addis Abeba un grand rassemblement sur la place de Meskel. Cela a attiré plusieurs dizaines de milliers de personnes et galvanisé la population pour la guerre contre le Tigré. En même temps ils ont appelé les jeunes à renforcer les rangs de l’armée dans la guerre. C’est de la chair à canon. On constate qu’Abiy Ahmed, le premier ministre, a acquis une certaine popularité auprès des habitants de la capitale.

Ce conflit armé a démarré il y a un an lorsque les dirigeants du Tigré ont décidé de se proclamer autonomes par rapport au reste du pays. Le Front populaire de libération du Tigré (TPLF) a l’avantage de posséder une force militaire expérimentée sans compter que les officiers tigréens qui étaient majoritaires dans l’ensemble des armées éthiopiennes, ont rejoint l’armée tigréenne dans ce conflit.

De ce fait, par manque flagrant d’officiers expérimentés, Abiy a demandé aux vétérans de sortir de leur retraite pour servir dans l’armée fédérale. Il a pris des mesures comme l’instauration du couvre-feu pour augmenter son pouvoir. La police arrête à Addis Abeba tous ceux qui sont d’origine tigréenne. Ces derniers évitent même de parler leur langue dans les rues de la capitale. D’autre part leurs richesses immobilières et bancaires sont confisquées. Les communications sont coupées dans une grande partie du nord de l’Éthiopie et l’accès des journalistes y est interdit. Après avoir bombardé Makalé, la capitale de cette région, les frappes aériennes ont visé l’ouest et le nord du Tigré. Les raids aériens ont touché des cibles variées parmi lesquelles des hôtels, des usines textiles ou de matériels de construction. Dans cette situation, Abiy profite des liens qu’il a avec les dirigeants de l’Érythrée pour encercler le Tigré.

Cette guerre a fait des dizaines de milliers de victimes parmi la population du Tigré et de la région d’Amhara, provoquant l’exode de la population vers le Soudan et le reste de l’Éthiopie. Dans les rues d’Addis Abeba, des milliers de jeunes hommes et de femmes errent avec des enfants dans les bras.

Les États occidentaux ont condamné Abiy en l’accusant de génocide et ont décidé de rapatrier leur personnel diplomatique. Le président des États-Unis a menacé de mettre fin à un accord commercial avec l’Éthiopie. De son côté, le dirigeant éthiopien réagit en renforçant son discours nationaliste du genre : « l’Éthiopie n’est pas une colonie mais un État indépendant et ne reçoit pas d’ordres des occidentaux ».

À l’heure actuelle l’armée tigréenne est en train de progresser vers Addis Abeba. Elle est à Kombolcha, à environ 250 km de la capitale. Il est difficile de prévoir la suite des évènements.

Dans ce conflit qui oppose l’Éthiopie au Tigré, les travailleurs dans les usines, les petits paysans dans les champs, ne manifestent pas le besoin de rejoindre l’armée fédérale. Ils affrontent quotidiennement la misère et l’exploitation. Ils n’ont pas de frontières ni d’État à défendre. Leurs ennemis ce ne sont pas ceux qui habitent de l’autre côté de la frontière et qui vivent dans la même situation qu’eux, mais ceux qui les exploitent et les oppriment, quelles que soient leur ethnie ou leur nationalité.


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