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ENTRE L’ARMÉE ET LA POLICE CE N’EST PAS UN MARIAGE D’AMOUR !

MALI

Le Conseil national de transition (CNT) a décidé d’intégrer la police au sein de l’armée. Selon son communiqué, l’objectif de cette « militarisation de la police et de la protection civile » est de les « déployer dans les zones reconquises par l’armée ».

Le moins qu’on puisse dire c’est que cette décision n’est pas du goût des policiers et de leurs syndicats surtout en ce moment où ils revendiquent des augmentations de salaires. Certains d’entre eux pensent que c’est une manière de les mettre au pas et d’étouffer toute contestation venant de leurs rangs puisqu’ils n’auront plus le droit de se syndiquer, de revendiquer et de faire grève. Une plateforme regroupant une dizaine de syndicats de la police a dénoncé cette réforme en argumentant que « la démocratie ne rime pas avec une police militarisée ». Les enseignants et les élèves qui se font matraquer par les policiers lorsqu’ils font grève et manifestent dans la rue pour avoir le droit de travailler et étudier dans de bonnes conditions, apprécieront la sincérité de cet amour soudain de la démocratie.

Pour calmer ces policiers méfiant, les militaires au pouvoir leur font miroiter que leur nouveau statut leur permettra de bénéficier des mêmes avantages que les militaires, notamment en ce qui concerne le déroulement de carrière. Mais ces « avantages » ne semblent pas trop attirer les policiers si on les compare à ce qu’ils ramassent chaque jour en rackettant les passants et les automobilistes. Certes, le fait d’être sous le statut de l’armée ne mettra pas fin à leurs rackets quotidiens mais la concurrence avec les militaires ne les réjouit pas trop.

Derrière cette réforme du statut de la police, il y a surtout la crainte de la junte au pouvoir que la police puisse abriter des concurrents. Un coup d’État pourrait partir de là et mettre fin à la toute puissance du colonel Assimi Goïta. C’est surtout cette hypothèse que ce dernier veut écarter par avance.

Ce n’est pas la première fois que dans ce pays la police est mise au pas par des putschistes issus de l’armée. En 1968, lorsque Moussa Traoré renversa le pouvoir civil de Modibo Keita, une des premières décisions qu’il prit fut de mettre la police au pas en nommant l’un de ses bras droits, le tristement célèbre lieutenant tortionnaire Tiékoro Bagayoko, à sa tête. Le statut de celle-ci devint semi-militaire et les syndicats en son sein furent dissous. À partir de 1973 la police passa entièrement sous la domination de l’armée. Ce n’est qu’en 1993 sous la présidence du civil Alpha Oumar Konaré, qu’elle retrouva son statut d’origine.

En réalité, pour le commun des habitants du Mali, le changement de statut n’a jamais rien changé, ni en matière de racket ni en matière violence policière car ce n’est pas l’habit qui fait le moine. Demain un autre président reviendra peut-être sur ce statut pour calmer ce corps de répression utile à la bourgeoisie pour faire régner l’ordre capitaliste sur les travailleurs et les habitants des quartiers populaires.

Dans la situation actuelle, la priorité d’Assimi Goïta c’est de tenir le pouvoir par tous les moyens et de ne pas laisser à ses éventuels adversaires la possibilité de s’appuyer sur la


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