Les exploiteurs divisent pour mieux régner

04 avril 2026

Wietec est une entreprise chinoise de construction dans le domaine du BTP. Elle a en charge la construction de nouveaux bâtiments à l’ancienne Sorbonne du Plateau à Abidjan. Tout comme dans les autres entreprises du bâtiment, les problèmes des ouvriers sont multiples. Voici le témoignage d’un ouvrier sur la division qui existe entre les travailleurs et qui les affaiblit, ainsi que sur le comportement des chefs de chantiers.

« Les chefs sur le chantier préfèrent recruter les non nationaux au détriment des nationaux sous prétexte que les ivoiriens aiment réclamer leurs droits à la fin des travaux. Pour cela plusieurs d’entre nous ont été refoulés.

Face à cette attitude des petits chefs, il n’y a jamais eu d’entente entre nous les ouvriers ivoiriens et les non nationaux. Nous avons tous les mêmes problèmes, mais les ouvriers nationaux refusent de se joindre ou même d’approcher les non nationaux pour avoir une bonne direction des luttes à mener face au patron. Nous avons des problèmes communs et nous sommes confrontés à la même exploitation, il est plus que nécessaires que nous agissions ensemble sans nous laisser diviser par les patrons».

Autant dire qu’il n’y a rien de nouveau sous le ciel de l’exploitation capitaliste ! Les exploiteurs savent tirer parti des divisions qui existent entre les travailleurs pour mieux les exploiter et augmenter ainsi leurs profits.

Dans de très nombreux chantiers à Abidjan, il n’y a pas l’ombre d’un travailleur issu de l’immigration. Pourtant  les difficultés et les conditions de travail ressemblent fortement à ce que vivent les travailleurs sur ce chantier. Quand ce n’est pas un problème entre ethnies, c’est un problème entre corporation, ou même entre religions différentes. Ce genre de division entre travailleurs existe ici, comme il existe ailleurs et dans d’autres pays. Ce n’est là qu’une des nombreuses difficultés auxquelles sont confrontés les travailleurs de tout temps et qui sont faciles à surmonter quand les travailleurs sont organisés et prêts à défendre par la grève leurs intérêts collectifs.

Il revient aux travailleurs les plus conscients d’entrainer leurs camarades, en leur expliquant que les travailleurs sont forts quand ils prennent conscience de leurs intérêts communs, au-delà de leur corporation, leur ethnie ou leur nationalité. Ils ont les mêmes intérêts à défendre contre le patronat qui les exploite.

Un autre témoignage sur le même chantier.

«Nous bâtissons deux immeubles de R+24 niveaux. Depuis le lancement des travaux, la majeure partie des ouvriers sont payés à 6000 Fr pour 8 heures de travail. Cependant, à l’heure de la pause de midi, les petits chefs nous demandent de continuer à travailler et cette heure de travail est rémunérée à 1000 Fr. Cette habitude fait que plusieurs ouvriers ne prennent pas de pause de midi.

Quelques-uns d’entre nous commencent à se dire que si cette heure est pointée à 1000 Fr, nos 8 heures de travail journalier devraient être pointées à 8000 Fr et non à 6000 Fr. On pourrait donc imposer le paiement de 8000 Fr pour une journée normale de travail et prendre notre heure de pause. Mais pour l’instant, il nous manque l’organisation. Il faudra qu’on arrive à parler d’une même voix pour réclamer de meilleurs salaires ».