Situation des travailleurs dans la zone industrielle de Vridi

09 mai 2026

(Témoignage d’un ouvrier de cette zone)

« La « Nouvelle-Gedispa » est une entreprise d’importation spécialisée dans la distribution de produits alimentaires tels le riz, le maïs, la semoule de couscous et le lait en poudre. Nous travaillons dans des grands entrepôts de stockage. Parmi nous, il y a notamment des chauffeurs, caristes, balayeurs et de nombreux manutentionnaires. Nos conditions de travail sont déplorables et dangereuses.

Nos journées commencent à 8h pour finir théoriquement à 17h, mais l’heure de descente n’est pas respectée. Nous restons le plus souvent bien au-delà de l’heure prévue sans aucune compensation. Même la pause déjeuner n’existe pas. Nous nous relayons pour aller manger durant quelques minutes avant de reprendre notre poste de travail. Malheur à celui qui prend un peu plus de temps car il est réprimandé par le patron, comme un enfant.

Malgré cette pénibilité du travail, la majorité des employés est payée au Smic, soit 105,000 Fr par mois, y compris la prime de transport. Les heures supplémentaires et le travail pendant les jours fériés sont imposés selon les besoins de l’entreprise. Refuser ou s’absenter nous expose à des sanctions pouvant aller jusqu’à trois jours de mise à pieds.

Le salaire est payé en espèce de la main à la main. Le patron prétend que nous sommes déclarés à la Cnps, plusieurs d’entre nous ignorons notre numéro d’immatriculation.

La situation des manutentionnaires est encore bien plus précaire. Ce sont tous des travailleurs nigériens, ils sont payés à la tâche, à 10 Fr pour un sac de 25 Kg déplacé ; 20 Fr pour un sac de 50 Kg. Ils perçoivent collectivement environ 10.000 Fr pour le déchargement d’un conteneur de 25 tonnes de marchandises. Ils sont particulièrement exposés à un grand danger en permanence dans l’entrepôt. Les sacs sont rangés de façon complètement désordonnés sur une hauteur pas possible, augmentant fortement le risque d’éboulement. Il y a déjà eu plusieurs accidents mortels, mais après quelques aides financières du patron versées discrètement aux familles des victimes, le travail reprend sans enquête d’aucune sorte, ni constat, comme si rien ne s’était passé ».

Quand les politiciens de tous bords se vantent d’un Abidjan moderne et en plein développement, on voit clairement ici, comment les richesses des uns se bâtissent sur la sueur et quelque fois carrément sur la peau des travailleurs. Derrière leur vitrine, il y a cette réalité dans laquelle vit la grande majorité des travailleurs, que ce soit dans les usines, les entrepôts de stockage comme ici, le bâtiment et même dans les écoles, les hôpitaux et les bureaux. C’est toute cette classe ouvrière qui subit l’exploitation capitaliste, avec un salaire qui ne permet même pas de tenir le mois. C’est cette société que les travailleurs devront balayer de la surface de la terre !