La poudrière du foncier rural

11 octobre 2026

Dans la dernière semaine de septembre s’est tenue à Yamoussoukro un «Forum sur le foncier et la cohésion sociale en Côte d’Ivoire». Selon le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, la Côte d’Ivoire a enregistré 4.396 conflits fonciers entre janvier et septembre 2026. Cela aurait touché 2.319 villages et occasionné 16 morts.

Aucune région du pays n’est épargnée, mais celles du Guemon et du Tonkpi, appelées « nouvelle boucle du cacao » dans l’ouest montagneux, concentrent à elles seules 35 % des conflits. Certains conflits opposent des particuliers ou des familles, tandis que d’autres prennent une dimension communautaire et peuvent être liés aux délimitations territoriales ou aux rapports entre agriculteurs et éleveurs.

Il y a aussi les conflits qui opposent parfois les communautés rurales aux industriels, notamment aux entreprises minières ou agro-industrielles. C’est ce qui préoccupe avant tout les gros capitalistes et les différentes autorités régionales.

Le mardi 6 octobre, une rencontre des ministres en charge du Foncier et des Finances regroupant plusieurs pays, la Côte d’Ivoire, le Sénégal et la Mauritanie, a eu lieu pour discuter de la «sécurisation du foncier pour en faire un levier majeur de l’investissement et de développement en Afrique». En d’autres termes, il s’agit de permettre aux gros rapaces capitalistes de prendre possession de ces terres rurales, mais comme celles-ci sont encore dans le domaine villageois, cela freine les investissements capitalistes. Pour arriver à leur fin, ils espèrent pouvoir mettre en place des structures permettant d’accélérer la délivrance des certificats fonciers et au final permettre la vente et l’exploitation sécurisées des terres. Sauf que cela fait plusieurs décennies que les différents gouvernements qui se sont succédé en Côte d’Ivoire ont tenté de résoudre ce problème, mais jusque-là ils n’y sont pas arrivés malgré l’implication de la Banque Mondiale.

Ce qui est sûr c’est que si demain ces terres rurales tant convoitées devenaient des propriétés capitalistes, les multinationales de l’agro-business ou du minerai ainsi que les grands capitalistes locaux en tireraient des profits encore plus volumineux au détriment des populations pauvres.