Travailleurs de Guinée et de Côte d’Ivoire : même patron, même combat
Le 28 septembre dernier, les travailleurs de l’entreprise Jiangsu Port Morebaya, un des opérateurs chargeant des minerais sur les bateaux du port de Morebaya (situé à environ 80 kilomètres de la capitale, Conakry) ont débrayé et manifesté pour exiger l’application de la grille salariale officielle que leur employeur ne respecte pas. Par exemple, les manœuvres qui devraient percevoir un salaire mensuel minimum de 1,8 million de francs guinéens (GNF), ne touchent que 1 à 1,2 millions (équivalant à 66 671 francs CFA et 80 004 francs CFA).
Cette entreprise est une des nombreuses filiales de la multinationale chinoise « China Jiangsu International Economic and Technical Cooperation Group ». Il en existe une en Côte d’Ivoire, Jiangsu Zhenhuai, dans le secteur du bâtiment. Elle se comporte de la même manière avec ses ouvriers et les envoie en prison lorsqu’ils se mettent en grève. Les forces de l’ordre viennent souvent à son secours.
Dans cette filiale installée en Guinée, le mécontentement qui couvait depuis plusieurs mois a fini par éclater. Les travailleurs avaient d’abord tenté de s’adresser à la préfecture et aux dignitaires locaux pour leur demander d’intervenir en leur faveur auprès de la direction. Mais tous prenaient la défense de l’entreprise et prônaient la patience aux ouvriers. Mais ces derniers ne voulaient plus attendre. C’est ainsi, que le lundi 28 septembre, une vingtaine de travailleurs se sont réunis sur le parcours des bus reliant les logements des ouvriers à l’entrée du port. Ils ont arrêté les bus et fait descendre leurs collègues, qui les ont rejoints. Une bonne centaine de travailleurs ont ensuite manifesté et crié leurs revendications jusqu’à l’entrée du port.
Rapidement entourés par plusieurs pick-up chargés de militaires, les travailleurs ne se sont pas laissés intimider et sont restés jusqu’à ce qu’une délégation de huit travailleurs soit reçue par la direction. Celle-ci n’a pas lâché grand-chose, les travailleurs ont alors décidé de poursuivre leur grève jusqu’à ce que l’entreprise cède sur leurs revendications qui sont désormais : importantes hausses de salaire, prise en charge médicale pour chaque travailleur et sa famille, primes pour le logement, la nourriture et les transports.
Les travailleurs ont pu se rendre compte que, face au patron, ils ne pouvaient compter ni sur les notables ni sur le gouvernement, mais sur eux-mêmes. Le gouvernement a limogé l’administrateur de la CTG, entreprise mère pour laquelle Jiangsu Port est un sous-traitant, et l’a remplacé par un nouveau tout en promettant l’application du salaire minimum de 1.820.000 GNF, et la mise en place de « l’accord cadre ».
Sur cette première victoire, les travailleurs ont décidé la reprise du travail lundi 5 octobre. Ils ont appris à s’organiser, à se rassembler et à décider collectivement. Ils ont découvert la force de la grève et du collectif. Cela comptera pour leurs prochaines luttes.
