C’est toute une armée de chômeurs qui cherche du travail !

04 avril 2026

« Pourquoi l’armée fait désormais rêver les jeunes ?», s’interroge un journal du Rhdp en voyant des milliers de jeunes se ruer au camp d’Akouédo dans l’espoir de se faire embaucher comme soldat du rang. Ce journal feint d’ignorer à quel point le chômage touche les jeunes et que même ceux qui ont la chance d’avoir un job vivotent avec des bas salaires et un travail précaire.

Un jeune dans une usine de la zone industrielle de Yopougon ou sur un chantier perçoit environ 100 mille francs par mois sans être sûr qu’il gardera son poste le mois suivant. De ce petit salaire mensuel, il devra soustraire le prix du transport, du repas, du loyer, etc. Ce qui fait que, même en travaillant à plein temps il se retrouve souvent avec zéro franc dans la poche avant même d’entamer le travail du mois suivant.

En comparaison, un soldat nouvellement recruté dans l’armée perçoit autour de 210 mille francs par mois, et ce depuis en 2017. De surcroît, celui-ci ne paie pas de titre de transport, il est logé, nourri, blanchi et bénéficie d’une assurance ! Ces petits soldats sont des enfants de pauvres qui aspirent à une vie meilleure que celle d’un travailleur qui, pour un salaire de misère, est obligé de trimer toute la journée, y compris parfois le weekend et avec des heures supplémentaires souvent non payées. Mais ces quelques « avantages » accordés à ces petits soldats sont minimes à côtés de ceux des hauts gradés qui ne font rien de leur vie, à part parader avec leurs tenues d’apparat et surtout commander les petits soldats pour taper sur leurs parents pauvres quand ceux-ci osent sortir dans la rue pour manifester contre les injustices qu’ils subissent.

Quoi qu’en disent le gouvernement et les politiciens bourgeois de tous bords, le rôle de l’armée n’est pas de protéger l’ensemble de la population du pays mais de maintenir l’ordre établi en faveur des riches et des exploiteurs capitalistes. Pour cela, ils ont besoin de bâillonner les travailleurs et les petits paysans et les condamner à une vie de misère afin de permettre aux capitalistes de faire un maximum de profits sur leur dos.

Avec leurs discours nationalistes vantant « l’unité de la nation », la « défense de la patrie » ou d’autres mensonges de ce genre, les ennemis des travailleurs font tout pour que ceux-ci ne prennent pas conscience que la société est divisée en deux catégories de populations dont les intérêts sont fondamentalement opposés. Il y a les riches d’un côté et les pauvres de l’autre ; ceux qui ne possèdent que leur force de travail pour survivre et ceux qui ne font rien de leurs dix doigts tout en s’enrichissant du travail des autres.

Les travailleurs savent ces choses-là d’expérience, surtout ceux d’entre eux qui ont déjà vécu une grève. Selon l’importance de la grève, la bourgeoisie envoie contre eux des corps habillés en plus ou moins grand nombre.

Les familles ouvrières qui sont contraintes de vivre dans des bas quartiers insalubres et parfois dangereux lors de grandes pluies, connaissent aussi le même mépris des riches et du pouvoir qui les pourchassent violemment en détruisant leurs abris de fortunes pour céder les terrains ainsi évacués à des promoteurs qui sont souvent de mèche avec le pouvoir.

Mais il arrive parfois que les petits soldats qui sont payés pour faire la guerre contre des pauvres comme eux se révoltent et retournent leurs armes contre les donneurs d’ordre pour rejoindre le camp de la population en révolte. Cette une situation que les tenants du pouvoir et la classe des exploiteurs craignent pardessus tout et ne tolèreront jamais. Pourtant, c’est ce qui s’est produit lors de la révolution russe en 1917, pendant la première guerre mondiale. Des soldats révoltés par les atrocités de la guerre et par la misère de leurs parents victimes de la famine et de l’oppression, rejoignirent la classe ouvrière lorsque celle-ci décida de renverser le pouvoir féodal du tsar (roi en Russie). Les travailleurs et les soldats en lutte, avec l’aide des révolutionnaires communistes, ont pris le pouvoir et l’ont dirigé eux-mêmes sous la forme de soviets (comités) décidant démocratiquement de la politique à mener pour répondre à l’aspiration de la majorité de la population laborieuse.

Cela s’est aussi produit  à Paris en 1871 (il y a un peu plus de 150 ans), lorsque le petit peuple de Paris se révolta contre le pouvoir des riches qui l’opprimait tout en l’envoyant se faire trouer la peau dans une guerre qu’il ne voulait pas. Le gouvernement déploya alors l’armée pour tirer sur la foule. Mais une partie des soldats refusa d’obéir à cet ordre et fraternisa avec le peuple insurgé qui prit le pouvoir, principalement à Paris. Cette révolution porta le nom de « Commune de Paris ». Il ne dura que quelques mois et fut écrasé dans le sang mais il servit d’exemple à toutes les générations de révolutionnaires qui luttaient pour le renversement du système capitaliste par la classe ouvrière en armes. C’est toujours un exemple riche d’enseignements pour les militants révolutionnaires d’aujourd’hui.

Ici en Côte d’Ivoire, les soldats basés à Akouédo se sont déjà révoltés plus d’une fois contre le pouvoir, notamment pour des raisons salariales. La dernière mutinerie date de janvier 2017 et il y en aura peut-être d’autres. Lorsque la classe ouvrière de ce pays se révoltera massivement et décidera de prendre son sort en main en défiant le pouvoir de la bourgeoisie, elle aura une politique à mener pour gagner la sympathie des petits soldats et les retourner contre leurs adversaires communs. Tout comme elle aura à attirer la sympathie et la solidarité de la petite paysannerie et de l’ensemble des couches pauvres du pays mais aussi des travailleurs et des opprimés des pays voisins. C’est une alliance naturelle qui doit unir des gens qui vivent les mêmes conditions d’existence et qui sont victimes du même système d’exploitation capitaliste.

La division fondamentale entre les êtres humains n’est pas la corporation, la religion, l’ethnie, la nationalité, le pays ou la couleur de peau. C’est celle qui, partout dans le monde, oppose les riches aux pauvres, les exploiteurs aux exploités. La première étape de la lutte pour renverser le capitalisme passe par la prise de conscience de cette division fondamentale de la société de classes.