Éditorial

Face à la dégradation de nos conditions d’existence, non à la trêve sociale, oui à la lutte de classe !

09 mai 2026

Les adversaires de la classe ouvrière, ceux qui veulent que les travailleurs acceptent sans broncher l’exploitation et l’oppression qu’ils subissent, font tout pour que la journée du 1er Mai ne soit rien d’autre qu’une simple « fête du travail » alors que c’est une journée de lutte des travailleurs contre l’exploitation capitaliste. Elle est soi-disant « chômée et payée » sauf que ce n’est pas le cas pour la grande majorité des travailleurs car en Côte d’Ivoire, comme dans la majorité des pays africains, l’immense majorité des travailleurs du privé sont des journaliers corvéables à merci. Jour férié ou pas, s’ils ne viennent pas au travail, ils ne perçoivent aucun salaire car les capitalistes appliquent leurs propres lois, celles de faire le maximum de profit en bafouant les droits les plus élémentaires des travailleurs.

Les exploiteurs, à commencer par les plus riches, ne craignent rien du gouvernement complètement soumis à leurs désirs. Ils ne craignent pas non plus les dirigeants des centrales syndicales, car ceux-ci, tout en étant officiellement les représentants des travailleurs, agissent comme des lèche-bottes des exploiteurs et du gouvernement. Chaque 1er Mai, ils viennent parader dans les jardins douillets de la Primature, devant un parterre de notables, de ministres et des représentants du patronat. Ils présentent leur « cahier de doléances » et puis ils trinquent avec les pires ennemis des travailleurs. Autant dire que ces gens-là n’ont rien de commun avec les travailleurs. Ils ne vivent pas la vie de ceux qui triment dans les usines, sur les chantiers, dans les hôpitaux et dans bien d’autres secteurs. Ils ne connaissent pas les fins de mois difficiles. Leurs enfants mangent chaque jour à leur faim. La vie des quartiers pauvres délabrés, les coupures incessantes d’eau et d’électricité, l’insalubrité et les maladies qui en résultent, ils ne les connaissent pas. La vie précaire dans laquelle sont plongées de plus en plus de familles ouvrières, ce n’est pas leur affaire. Comment peuvent-ils prétendre représenter le monde du travail ? Ils sont au contraire les complices de ceux qui sont responsables de la misère qui frappe les classes populaires.

Ce sont ces mêmes dirigeants syndicaux (Ugtci, Humanisme, Dignité et autres) qui ont signé en 2022 ce qu’ils appellent la « trêve sociale » ou le « dialogue social » sans rien demander aux travailleurs qui sont les premiers concernés. Ils reconduisent d’année en année, leur offre de « partenariat », alléchés qu’ils sont par une subvention annuelle de 800 millions de francs décaissée par l’État, somme qu’ils doivent partager entre eux. Ils sont en train de négocier une hausse de leur subvention car d’autres syndicats frappent à la porte pour obtenir leur part du gâteau.

Les conséquences de cette entente entre centrales syndicales, gouvernement et patronat, se traduisent par la dégradation sans fin de la situation des travailleurs. Aujourd’hui, face à l’augmentation des loyers et aux salaires rognés par la cherté de la vie, de plus en plus de familles ouvrières sont contraintes de s’éloigner dans des bidonvilles qui s’étalent de plus en plus loin dans la périphérie d’Abidjan. Pendant ce temps, la classe capitaliste et l’ensemble de ceux qui vivent directement ou indirectement de l’exploitation des travailleurs et des petits paysans, continuent de vivre dans l’opulence et l’oisiveté. Ils affichent ouvertement leur insolence sous la protection bienveillante d’un appareil d’État à leur service.

Pour sortir de cette spirale qui les entraîne vers une misère sans fin, les travailleurs devront nécessairement renouer avec les meilleures traditions du mouvement ouvrier qui appellent les travailleurs de tous les pays et de toutes origines à mener une lutte permanente contre les capitalistes. Le 1er Mai ne doit pas devenir un vague souvenir des luttes du passé mais au contraire le rappel de la nécessité brulante de la lutte des travailleurs du monde entier contre le capitalisme.