Ne pas confondre A.M.I. et ami !
AMI (Abidjan Multi Industries) est une entreprise moderne qui existe depuis une quinzaine d’années dans la zone industrielle de Koumassi. Elle est spécialisée dans la construction métallique industrielle, la chaudronnerie, la tuyauterie et la soudure pétrole/gaz. Un travailleur nous fait part de son indignation par rapport aux conditions de travail dans cette entreprise.
« Nous sommes environ 200 travailleurs, recrutés généralement à la sortie d’une école technique. Profitant du fait que c’est notre premier emploi, le patron nous prend en tant que stagiaire avec un salaire de 80 mille francs par mois tout compris, alors que le salaire minimum en Côte d’Ivoire est de 105 mille francs, prime de transport incluse. Notre contrat est verbal pour une durée théorique de six mois. Mais le provisoire tend à s’éterniser et celui qui n’est pas content va se chercher ailleurs.
Les équipements de protection individuelle ainsi que les tenues de travail ne sont pas fournis par l’entreprise, les frais sont retirés de nos salaires. Nous ne disposons pas de vestiaires convenables et les toilettes sont impraticables, sales et en nombre insuffisant.
Nous travaillons 10 heures par jour et les heures supplémentaires ne sont ni reconnues, ni payées. La majorité des travailleurs ne sont pas déclarés à la Cnps et ne peuvent donc pas prétendre à une caisse de retraite ni à une prise en charge en cas d’accident de travail.
On nous impose un quota de production journalière très exigeant. Depuis qu’un groupe de travailleurs a augmenté le quota au-delà de ce que le patron exigeait, en espérant ainsi se faire embaucher, le patron en a profité pour exiger le double du quota journalier de la production de soudure. Du coup, nous sommes obligés de travailler encore plus vite, au détriment de notre sécurité.
Le 31 décembre, tous les ouvriers qui ne se présentent pas au travail ont une retenue de 10 mille francs sur leur salaire, quelle que soit la raison de leur absence, soi-disant que c’est la date d’anniversaire du patron ! Celui-ci dit ouvertement, comme si c’était normal, que « le matériel est plus important que les ouvriers. Remplacer une machine coûte de l’argent alors que remplacer un travailleur ne coûte rien ».
Enfin, chaque lundi, une séance de prière (chrétienne) est imposée à tous les travailleurs. Celui qui refuse de participer ou qui n’est pas présent est renvoyé chez lui.
Ceux d’entre nous qui ont tenté de poursuivre le patron en justice ont systématiquement perdu leur procès. »
La grande majorité des travailleurs dans les usines à Yopougon, comme à Koumassi peuvent se reconnaitre dans ce témoignage car les conditions de travail sont à peu près les mêmes. Quant à recourir à la justice pour se défendre, le cas présent montre encore une fois que le Tribunal est du côté de celui qui a de l’argent, donc du côté de l’exploiteur. Même si des travailleurs parviennent de temps à autre à arracher quelques miettes après mille efforts, c’est dérisoire par rapport à l’exploitation subie.
Voilà pourquoi, les travailleurs n’ont d’autres choix, pour défendre leurs intérêts, que l’organisation et la lutte collective, au-delà des corporations, de l’appartenance à une usine ou à une branche d’industrie. Leur force c’est leur nombre et la conscience d’appartenir à une seule classe qui a les mêmes intérêts face à celle des exploiteurs.
