Une vie d’exploité !
Témoignage d’un travailleur :
«Je suis ouvrier journalier à Dream-cosmétique, une entreprise de cosmétique située dans la zone industrielle de Yopougon. Voici un aperçu de ma vie dans cette zone. J’habite avec mes parents à Bingerville, à l’autre bout de la ville d’Abidjan. Avec l’état du transport en commun, il me faut au moins trois heures pour rentrer à la maison ou pour venir au travail. Vu la distance, si je décide de rentrer tous les jours, c’est une grande partie de mon salaire qui y passerait. Je suis donc allé négocier au quartier Karata, dans un endroit en bordure de route où des gens viennent faire leurs prières dans la journée, pour passer mes nuits. C’est en plein air, mais le petit avantage c’est qu’il y a une bâche et des nattes en permanence. En cas de pluie, j’ai quelque chose comme un toit sur la tête.
L’endroit est proche de l’usine et la rue est beaucoup fréquentée, même à des heures tardives. Ce qui fait que je ne crains pas beaucoup pour ma sécurité, bien que j’aie quand même été victime d’un vol durant la nuit.
J’ai pour couverture un pull et une paire de chaussettes. J’allume un moustico pour éloigner les moustiques, mais malgré cela, je suis obligé, tous les trois mois, de me rendre à la pharmacie pour prendre des antipaludéens génériques.
Je me lave à l’usine à la descente. C’est interdit mais je me débrouille aussi pour laver mes habits. Je fais les quarts, je préfère celui de 14h à 22h parce qu’à la descente, je peux directement aller dormir dans mon endroit. Le plus difficile, c’est quand je fais la nuit, parce que la journée mon dortoir est occupé alors que je dois absolument dormir pour reprendre le soir. Je dois dans ce cas me débrouiller dans un endroit de PMU ou dans un kiosque ».
Des milliers de travailleurs sont confrontés à ces mêmes difficultés à Abidjan, aussi bien les ouvriers dans les usines que dans le bâtiment. Ils subissent cette profonde injustice, alors que ce sont eux qui produisent les richesses et qui font tourner toute l’économie. Mais dans cette société capitaliste, le rôle des travailleurs se réduit à produire des richesses, sans qu’eux-mêmes puissent en jouir, tels des esclaves. Tout cela, pour permettre l’enrichissement d’une minorité d’exploiteurs. C’est cet ordre des choses qu’il faudra que les travailleurs renversent un jour !
