À qui profiterait la croissance économique annoncée pour l’Afrique en 2013 ?

10 mars 2014

Afrique

Les instituts de prévision pensent que pour l’Afrique subsaharienne le taux moyen de croissance économique pour l’année 2013 sera égal ou supérieur à celui de l’année dernière, voire de la décennie écoulée durant laquelle il aurait avoisiné 5%.

Les économistes liés aux milieux des affaires osent même dire (on ne sait pas s’ils le pensent vraiment) que « le continent a de quoi se réjouir » car dans les pays riches, les taux de croissance continuent de baisser.

Si les choses vont si bien en Afrique, comment expliquent-ils que des millions de gens sont toujours dans la misère et le dénuement ? Ce n’est certainement pas de gaîté de cœur que beaucoup de personnes prennent le large pour essayer de rejoindre un parent, un ami ailleurs, vers un ciel qu’ils espèrent plus clément.

Mais d’un certain point de vue, en tant que marché, l’Afrique intéresse les multinationales. Les êtres humains ne les intéressent qu’en tant que consommateurs ou en tant que chair à produire des profits. Chercher à nourrir, à vêtir, à doter les villageois en matériel agricole adapté à leurs besoins, ne rentre pas en ligne de compte dans leur considération. Le continent compte environ un milliard d’habitants, mais seuls les besoins de la minorité solvable sont pris en compte.

Les rois de l’agroalimentaire tels que Nestlé, Danone, Coca cola et autres, ont des usines dans plusieurs pays d’Afrique. Ils font des bénéfices importants grâce au travail des salariés de ces usines. Des produits alimentaires et des boissons sortent, mais en général ils ne sont accessibles qu’à une frange de la population, notamment celle qui a les moyens de faire les courses dans les supermarchés des grandes villes. Les boutiquiers des quartiers populaires ont quelques produits de base, mais les revenus des classes pauvres ne leur permettent pas toujours de s’en approvisionner.

Un haut cadre d’une grande entreprise américaine opérant au Ghana n’a pas forcément tort lorsqu’il constate « qu’un nombre élevé de compagnies se ruent vers l’Afrique pour avoir leur part de ces opportunités ». Certains économistes considèrent l’Afrique comme « un nouvel eldorado pour les capitalistes ».

Un exemple : l’Ethiopie

Ce pays est considéré comme ayant un taux de croissance parmi les plus élevés ces dernières années. C’est sûr qu’on peut faire parler les chiffres comme on veut qu’ils soient vus. En effet depuis quelques années le gouvernement de Meles Zenawi a procédé à des ventes des terres riches cultivables, à des sociétés capitalistes. Ce sont des centaines de milliers d’hectares qui ont été cédés à ces sociétés et continuent de l’être, pour la plantation de produits d’exportation.

C’est ainsi que des centaines de milliers de paysans sont chassés de leurs terres pour les besoins des riches capitalistes. Ces paysans rejoignent les rangs des chômeurs. Les chiffres de ventes de ces terres peuvent gonfler le PIB et les courbes de croissance économique, mais on ne dit pas que la misère augmente pour la population.

De façon générale

Faire du fric coûte que coûte en cherchant par exemple à vendre des téléphones portables jusqu’à des endroits où les gens meurent de soif par manque d’accès à l’eau potable en dit long sur le caractère profondément aberrant de ce système pourri incapable de répondre ne serait-ce qu’aux besoins les plus criants. Les inventions scientifiques et les avancées technologiques permettent aux compagnies pétrolières de soutirer l’or noir depuis de grandes profondeurs. Leurs propriétaires en tirent des profits colossaux sans se préoccuper le moins du monde de chercher à résoudre ne serait-ce que le problème de l’eau pour les êtres humains qui vivent à deux pas des forages pétroliers.

Dans leur course effrénée aux profits, les capitalistes sont capables de choses ignobles. Par exemple pour faire du fric avec l’extraction des minerais nécessaires à la fabrication des téléphones et ordinateurs portables, les industriels ne reculent devant rien. Ils ferment les yeux sur le travail des enfants que les bandes armées ou les militaires, qui leur servent d’intermédiaires, enrôlent.

Dans ces conditions comment s’étonner que, comme le reconnaissent certains hommes d’affaires, l’Afrique a le second taux au monde de «retour sur investissement», c’est-à-dire de taux de profit. Lorsque les « investisseurs » annoncent que cette année ils s’intéresseront encore plus à l’Afrique, ce n’est pas du tout sûr que cela soit effectif pour autant. Mais même si cela se produisait, aucune retombée ne sera automatique en faveur des travailleurs et des classes pauvres. Il faudra mener des luttes collectives dures pour arracher des améliorations