Éditorial

Après quatre mois de bras de fer avec les enseigants, Macky Sall lâche du lest

12 mai 2018

SÉNÉGAL

 

Juste à la veille du 1er mai, le gouvernement sénégalais a annoncé la signature d’un protocole d’accord avec les principaux syndicats des enseignants pour mettre fin au mouvement de grève qui a fortement secoué l’enseignement public depuis décembre 2017.

Macky Sall a fini par céder sur quelques unes des revendications des enseignants tout en restant vague quant à leur concrétisation, comme par exemple sur l’avancement dans la carrière, les salaires et l’amélioration des conditions de travail. Sur la question de l’augmentation de l’indemnité de logement, une des principales revendications des enseignants qui date de 2009, le gouvernement s’est engagé à la faire passer de 60 à 100.000 francs CFA mensuels, mais par paliers : soit une augmentation de 15.000 FCFA à compter d’octobre 2018, 10.000 FCFA à partir de janvier 2019 et 15.000 FCFA un an plus tard. Suite à cet accord, les principaux dirigeants des syndicats d’enseignants ont appelé à la reprise des cours. Néanmoins, une partie des enseignants restent sceptiques sur les promesses du gouvernement et disent qu’il s’agit d’une « ruse pour gagner du temps ».

Ce n’est pas par hasard que le président sénégalais a tout fait pour qu’un accord soit trouvé avant le 1er mai, jour où à Dakar les défilés traditionnels de rues auraient pu se transformer en défilés de colère tant du côté des enseignants que des élèves et parents d’élèves. Une des craintes de Macky était que la colère des enseignants et des élèves s’additionne aux défilés des partis de l’opposition mobilisés contre la récente modification du code électoral ou l’emprisonnement de Khalifa Sall (ancien maire de Dakar accusé de détournement de fonds).

Les enseignants ont en effet bien des raisons de sortir dans la rue, excédés qu’ils sont par le mépris avec lequel le gouvernement a ignoré jusque-là leurs revendications. Il a misé sur l’essoufflement des grévistes mais ceux-ci ont tenu bon malgré les menaces de représailles disciplinaires, malgré les amputations des journées de grèves sur les fiches de paie.

Le gouvernement a tenté de casser l’élan de la grève en opposant les élèves et les parents d’élèves aux enseignants, en accusant ces derniers d’être des égoïstes voulant « paralyser le système éducatif » et transformer l’année scolaire en année blanche. Mais cette propagande gouvernementale n’a pas marché. Les parents et les élèves ont plutôt soutenu les grévistes ; ils ont fait pression sur le gouvernement pour qu’il satisfasse les revendications des enseignants. Mais au fur et à mesure que l’année scolaire avançait et que la menace d’une année blanche devenait plus précise, les élèves ont commencé à sortir dans les rues pour exiger la reprise des cours. Néanmoins, leur colère est avant tout dirigée contre le gouvernement qui ne se soucie pas de leur avenir.

Dans de nombreux endroits du pays il y a eu des affrontements parfois violents entre les élèves et les forces de l’ordre. À Kolda, le 19 mars dernier, les élèves ont envahi la route nationale et empêché les véhicules de passer. Cela a causé un énorme embouteillage. À Ziguinchor, la manifestation du 20 avril a été plus violente. Les élèves se sont affrontés avec les forces de l’ordre : il y a eu des blessés ; 20 manifestants ont été arrêtés par la police, un véhicule de l’administration a été brûlé. Les manifestants sont allés devant les écoles privées pour les entraîner dans le mouvement. Les élèves de la ville de Sédhiou ont aussi manifesté dans les rues, il y a eu des affrontements avec les forces de l’ordre. À Thiès il y a eu également le même genre de mouvement de rue ; là aussi les élèves de l’enseignement public sont allés devant leurs collègues du privé pour qu’ils les rejoignent dans la rue.

C’est la prolifération de ces mouvements de rue de la jeunesse et la menace de leur extension sur d’autres catégories de la population, notamment à l’occasion du 1er mai, qui ont poussé Macky Sall à lâcher du lest. Mais ses promesses seront-elles tenues ? C’est à voir car ce gouvernement et ses prédécesseurs ont déjà fait des promesses, notamment aux personnels hospitaliers en grève ainsi qu’aux enseignants mais elles n’ont pas été toutes honorées. Reste à savoir si les enseignants accepteront de se faire rouler dans la farine une nouvelle fois.