Émigration clandestine : le cynisme du gouvernement

10 décembre 2020

SÉNÉGAL

La mort, en novembre dernier, d’un adolescent sénégalais de 14 ans qui rêvait de devenir un footballeur professionnel en Europe en tentant la traversée de l’océan à bord d’une pirogue, a provoqué une intense émotion au Sénégal. Cette mort s’ajoute à la longue liste des naufragés de l’émigration. 480 personnes ont perdu la vie en mer en une semaine en voulant rejoindre l’Espagne en pirogue.

L’histoire de cet enfant a d’autant plus choqué les gens que le gouvernement sénégalais a décidé de traduire son père en justice soi-disant pour dissuader les autres parents « d’encourager » leurs enfants à l’émigration clandestine. Une peine de prison de deux ans a été requise contre lui pour « homicide involontaire et complicité de trafic de migrants ». Deux autres pères de famille, dont les fils ont pu être sauvés, ont été arrêtés pour « mise en danger de la vie d’autrui ». Leur jugement est attendu le 8 décembre.

Depuis des années, le gouvernement ne cesse de clamer à travers les médias, les écoles et les mosquées sa volonté d’aider la jeunesse sénégalaise à vivre et travailler au pays, mais qu’a-t-il fait concrètement pour que les jeunes ne soient pas tentés de risquer leur vie en prenant des embarcations de fortune ? A-t’il créé assez de travail pour eux ? La plupart de ces jeunes lui reprochent au contraire de faire la chasse à ceux qui essaient de se débrouiller en vendant des marchandises au bord des routes. Ils en ont marre des discours moralisateurs ou culpabilisateurs des autorités et préfèrent tenter leur chance en allant sous d’autres cieux plutôt que de mourir à petit feu sous le poids de la misère.

Cette misère est le fruit du système capitaliste qui jette de plus en plus de gens dans la détresse alors qu’une minorité de parasites et d’exploiteurs amasse des fortunes. L’État sénégalais comme tous les autres États font partie du rouage de ce système inhumain. Ce sont les dirigeants de ces États qui devraient être combattus pour « mise en danger de la vie d’autrui ».