L’arachide ne fait pas vivre la petite paysannerie, elle la maintient dans la misère et la servitude

15 février 2018

SÉNÉGAL

La monoculture de l’arachide au Sénégal a été imposée par la France durant l’époque coloniale pour le grand bien de quelques grandes familles capitalistes comme Lesieur qui a fait fortune dans la production de l’huile. Les grandes familles maraboutiques, notamment celles de Touba, ont commencé à s’enrichir dès cette époque-là car elles ont servi d’intermédiaire au colonialisme français pour imposer et généraliser cette monoculture.

Après l’indépendance, l’État sénégalais a poursuivi la même politique agricole parce que l’exportation de ce produit lui rapporte des devises et parce que cette activité permet à la bourgeoisie locale de s’enrichir sur le dos de la petite paysannerie. Il a mis en place toute une infrastructure (de la distribution des semences génétiquement sélectionnée, en passant par les « intrants », la collecte et la commercialisation) ; c’est ce qu’il appelle « la filière arachide ». Il serait plus juste de l’appeler « filon arachide » !

La petite paysannerie n’est plus « obligée » de cultiver l’arachide pour l’exportation comme elle l’a été durant la colonisation mais le fait est qu’elle est tout de même prisonnière de tout un système qui ne lui laisse pas le choix de s’en échapper. Aujourd’hui, selon les sources officielles, environ 60% de la paysannerie sénégalaise est « impliquée » dans la production de l’arachide au détriment des cultures vivrières plus utiles à la population.

Les représentants de l’État prétendent que la « filière arachide » a été mise en place pour soutenir la petite paysannerie mais c’est comme la corde qui soutient le pendu. Les petits paysans ne s’en sortent pas, même quand la récolte est parfois bonne. Le prix de vente de leurs produits est fixé chaque année par l’État, en fonction du prix sur le marché mondial mais aussi en fonction de la part qu’il prélève pour entretenir sa filière.

La récolte de la campagne de 2017 dont la commercialisation a commencé en décembre a été abondante selon le gouvernement ; elle est estimée à plus de 1,4 millions de tonnes dont une partie importante sera destinée au marché chinois dont le Sénégal est devenu le principal fournisseur africain. Le prix du kilo au producteur a été fixé à 210 francs CFA, voire 200 F dans certaines régions d’importante production comme à Kolda. De nombreux paysans ont refusé de le vendre à ce prix qu’ils estiment trop bas d’autant plus que certains collecteurs chinois proposent de leur acheter jusqu’à 225 francs CFA.

L’État fait pression sur les paysans pour qu’ils ne vendent pas leurs récoltes aux collecteurs chinois. Il menace de ne pas « soutenir » ceux qui refusent de les vendre aux points de collectes officiels chapeautés par la SONACOS (Société nationale de commercialisation des oléagineux du Sénégal). Les paysans ne se sont pas pour autant précipités pour vendre leurs produits aux endroits indiqués par le gouvernement.

Mais face à la puissance publique, les petits paysans ne font pas le poids, surtout quand ils ne sont pas organisés collectivement pour faire valoir leurs intérêts. C’est ainsi qu’ils sont maintenus en état de survie et dépendant d’un mécanisme bien huilé pour perpétuer leur situation d’exploités. Cette paysannerie pauvre partage le même sort que les prolétaires des villes. Ce sont parfois ces paysans appauvris qui sont contraints d’abandonner leurs terres et d’aller s’exiler en ville pour y travailler. Pour autant leur sort ne s’améliore pas car il n’est pas facile de trouver du travail. Pour ceux qui ont la chance d’en trouver, les maigres salaires ne permettent pas de sortir de la misère. La grande majorité d’entre eux vivent dans une totale précarité quand ils ne deviennent pas tout simplement mendiants.

C’est cette vie révoltante que le système capitaliste réserve à la grande majorité de la population : un océan de misère au milieu duquel une toute petite minorité vit dans l’opulence. D’année en année cette situation ne fait que s’aggraver. Un tel système ne peut pas, ne doit pas continuer éternellement. Il faudra le remplacer par un autre qui mettra les besoins de la grande majorité au centre des décisions et des activités économiques. Cette tâche sera l’œuvre des exploités eux-mêmes s’ils prennent conscience qu’ils constituent une force colossale pour détruire ce système capitaliste et bâtir une autre société où seront abolies toutes les formes d’exploitation de l’homme par l’homme.