Éditorial

Une armée plus prompte à terroriser la population qu’à faire face aux groupes djihadistes

20 avril 2018

MALI

 

Le 25 mars dernier, un charnier contenant six cadavres a été mis à jour dans le village de Dogo au centre du Mali. D’après les témoignages récoltés par Amnesty International auprès des villageois, il s’agit de dépouilles de personnes arrêtées quelques jours plus tôt par l’armée malienne.

Cette découverte macabre n’est malheureusement qu’une partie infime des nombreux massacres perpétrés dans cette région où la population est prise en tenaille entre l’armée malienne et les groupes armés islamistes. Le nombre des victimes a considérablement augmenté en l’espace de quelques mois. Selon la Minusma (Mission de l’ONU au Mali) il y a eu « au moins 85 incidents majeurs violents et confrontations armées ayant occasionné au moins 180 victimes civiles, dont 15 femmes et 17 enfants » depuis le début de 2018.

Des associations peules accusent régulièrement le gouvernement de tolérer, voire d’encourager des « groupes de chasseurs traditionnels à commettre des exactions à l’encontre des habitants » dans certaines localités autour de Mopti. Même si le Premier ministre a récemment déclaré que « l’État ne sous-traite pas sa sécurité », il est connu que le gouvernement arme des milices (parfois dirigées par des cadres de l’armée déguisés en civils) pour commettre des crimes à l’encontre des habitants soupçonnés d’être hostiles à l’État.

Si dans de nombreuses régions du Mali, notamment au Nord et au Sud, des populations manifestent un sentiment d’hostilité envers les représentants de l’État malien, c’est parce que de tout temps ils se sont comportés comme des oppresseurs, des voleurs, des parasites et des corrompus. Le climat de guerre qui sévit depuis quelques années ne fait qu’exacerber ce sentiment, d’autant plus que le gouvernement ne fait rien pour apaiser les habitants, bien au contraire.

La récente décision du gouverneur de Mopti d’interdire toute circulation de motocyclistes et de pickups dans toute la région sous prétexte de lutte contre les organisations djihadistes ne fait qu’augmenter la colère des habitants. Plusieurs motos ont été saisies puis incendiées par l’armée ; les conducteurs ont été arrêtés alors qu’ils ne faisaient que transporter des vivres ou des marchandises destinées à être vendues.

Que le gouvernement ne s’étonne pas dans ces conditions de ne pas avoir le soutien des habitants alors qu’il s’acharne à aggraver encore plus leurs conditions d’existence. Que les galonnés de l’armée malienne ne s’étonnent pas d’être considérés dans certaines régions comme des représentants d’une armée d’occupation et de racketteurs car c’est ce qu’ils sont véritablement.