Vie et mort d’Hugo Chavez

06 mars 2014

Venezuela

Après quatorze années passées à la tête du pays, Hugo Chavez est mort le 5 mars à la suite d’un cancer. Des milliers de personnes, souvent issues des classes pauvres, ont rendu hommage à sa dépouille durant de nombreux jours. Des chefs d’Etat de nombreux pays ou leurs représentants, avaient fait le déplacement pour être présents à ses funérailles. Chavez bénéficiait incontestablement d’une popularité auprès des masses déshéritées. D’où venait le crédit dont il bénéficiait ? Quelle a été sa politique?

Le Venezuela est un pays pauvre qui produit beaucoup de pétrole. Les recettes financières de l’Etat ont augmenté considérablement entre 1973 et 1983, mais la manne pétrolière n’a pas permis pour autant de développer les infrastructures du pays et encore moins d’améliorer la condition misérable de la population. Ce fut surtout le règne de l’argent facile pour les classes possédantes et pour la petite bourgeoisie qui gravitait autour du pouvoir à cette époque. La corruption de l’Etat était devenue progressivement une gangrène. La chute des prix du pétrole par la suite amena des difficultés que les classes riches allaient faire payer aux classes pauvres.

Le FMI (Fonds Monétaire International) qui avait prêté de l’argent au Venezuela, exerça une pression qui poussa le président Carlos Pérez au pouvoir en 1989, à privatiser à peu près tout et supprimer le contrôle des prix. Ceux-ci ont augmenté en flèche, entraînant cinq jours d’émeutes en février 1989, sévèrement réprimées par la garde nationale et par l’armée, qui ont fait entre 1000 et 1500 morts parmi la population essentiellement des grandes villes.

C’est en février 1992 que Hugo Chavez alors lieutenant colonel des parachutistes, tenta de faire un putsch militaire à la suite duquel il fut arrêté et mis en prison. Une autre tentative de coup d’Etat en novembre de la même année échoua également. Mais Pérez abandonnait la présidence à la suite d’un scandale révélant sa corruption. Son successeur, Raphaël Caldera, poursuivit la politique de Pérez mais relâcha Chavez. La population vivant sous le seuil de pauvreté continuait d’augmenter.

Les très hauts gradés de l’armée étaient solidaires du système, mais les officiers subalternes issus des couches populaires étaient gagnés par la grogne. C’était le cas pour Chavez et ses amis, qui s’étaient politisés au contact de la société civile et étaient eux-mêmes issus de milieux modestes. Il exaltait la fibre nationale en se référant entre autres à Simon Bolivar, héros de l’indépendance du pays (1830).

Six ans après son coup d’Etat manqué, Chavez se présenta à l’élection présidentielle de 1999 à la tête d’un mouvement politique qui cherchait encore ses repères et fut élu par 56% des voix.

Chavez et ses partisans, militaires ou civils, n’avaient aucune intention de s’en prendre à la dictature de l’argent, ils ne se sont pas attaqués à la propriété privée des moyens de production, la propriété capitaliste. Ils se sont cependant opposés aux multinationales américaines et imposé leurs conditions sans aller jusqu’à les confisquer. Le simple fait d’accroître le contrôle de l’Etat a suffi pour qu’il devienne la bête noire des dirigeants des Etats-Unis.

En direction des classes pauvres du pays, Chavez et ses partisans ont mis en place des missions sociales, offrant des solutions d’urgence pour la nourriture, le logement ou la santé, notamment avec l’aide de médecins venus de Cuba. Les mères de familles qui élevaient seules leurs enfants ont bénéficié de certaines protections sociales et d’une aide de l’Etat. Les droits d’inscription à l’école, que devaient payer les parents, furent supprimés et ont ainsi permis à 600 mille élèves d’accéder à la scolarisation. En 2001, Chavez avec l’aval des députés, promulgua différentes lois dont la « loi sur la terre ». La réforme agraire n’a jamais été véritablement appliquée, mais sa seule annonce a suffi à déclencher la colère des grands propriétaires terriens relayée par les dirigeants de la compagnie nationale pétrolière. Dans ce pays d’Amérique latine où les inégalités sont criantes, l’annonce d’une telle mesure ou sa simple ébauche, a suscité une certaine popularité envers le régime de Chavez. La sympathie à son égard a probablement traversé les frontières du pays mais à aucun moment Chavez n’a tenté de s’appuyer sur ce sentiment pour mettre en cause les régimes de dictature, nombreux dans cette partie du monde.

L’opposition, les possédants, les politiciens déchus, se sont unis pour tenter de reprendre le pouvoir. En 2002, ce monde de nantis, encouragé par les Etats-Unis, principal importateur du pétrole vénézuélien, se mobilisa pour renverser Chavez par un coup d’Etat. Le putsch a échoué lamentablement car le petit peuple ainsi qu’une partie de l’armée ont défendu le pouvoir. Cela n’a fait que consolider ce pouvoir et Chavez s’est affiché à partir de ce moment comme partisan d’un « socialisme du 21e siècle » et a accolé l’étiquette socialiste au nom de son parti.

La popularité dont a bénéficié Chavez (il a conservé cette popularité jusqu’à sa mort) donne une idée de la haine suscitée en Amérique latine par la domination impérialiste. Ces peuples ont été exploités, opprimés pendant des siècles par les grandes puissances. Pour tirer bénéfice de la culture de la canne à sucre, du coton on leur a imposé l’esclavage. Plus tard cette forme d’oppression et d’exploitation a été relayée par des dictatures sanguinaires à la solde des classes riches et de l’impérialisme américain.

Malgré les mesures sociales permises par la rente pétrolière, Chavez n’a pas réussi à sortir e pays du sous-développement ni supprimé les inégalités, le chômage et la misère. La corruption est revenue car ce terrain est propice à son développement.

Il n’y a pas d’échappatoire pour les pays pauvres que celui de mettre en cause les bases de la société en s’attaquant à la propriété capitaliste. La classe ouvrière même minoritaire de nos pays, épaulée par la grande masse des déshérités et aidée par les intellectuels qui n’acceptent pas cette situation, peut jouer un grand rôle dans le processus de transformation de la société. C’est la seule solution pour mettre fin à la misère et à ses conséquences désastreuses.