Quand les travailleurs ne sont pas organises, c’est le capitaliste qui impose sa loi

12 septembre 2026

(Témoignage d’un travailleur)

« Nous sommes des ouvriers de l’entreprise AMI spécialisée dans la soudure métallique, dans la zone industrielle de Koumassi. Cette entreprise a obtenu un contrat de trois mois pour réaliser une construction métallique dans la banlieue de Yamoussoukro. Cinq d’entre nous ont été envoyés sur place. Au départ, les conditions prévues étaient claires : hébergement assuré, 3000 Fr par personne pour les repas et un véhicule de service pour les déplacements. La réalité était toute autre : le lieu du travail était à l’écart de la ville, dans une zone peu habitée. Aucun logement n’était prévu. Nos camarades étaient obligés de dormir sur le chantier dans des conditions précaires, avec les risques liés à la présence de scorpions et de serpents.

Au bout d’une semaine, même le véhicule de service leur a été retiré. Malgré cela, ils ont continué le chantier. Les deux premières semaines, ils ont reçu leurs primes journalières, mais les semaines qui ont suivi, plus rien. Ils ont commencé à manger à crédit. La construction ayant atteint un certain stade, il fallait effectuer des travaux à plus de 20 mètres de hauteur sans échafaudage, ni harnais de sécurité.

Face à cette situation, les camarades ont réclamé l’amélioration des conditions de sécurité sur le chantier, ainsi que le paiement des primes journalières. Le patron a refusé de répondre favorablement à leurs demandes et décidé de les remplacer par des ouvriers recrutés sur place à Yamoussoukro. Ensuite, il leur a demandé de revenir à Abidjan.

Le lendemain, à leur retour, le patron leur a demandé de rentrer chez eux en leur annonçant qu’ils sont renvoyés. Ils ont refusé de partir et regagné leur poste de travail chaque matin. Depuis quelques jours, ils ne figurent plus sur la liste de pointage.

Au travail, tout le monde est au courant de leur situation. Certains d’entre eux ont jusqu’à sept ans d’ancienneté. Les collègues compatissent à leurs problèmes, mais ils ont peur de montrer leur solidarité et même les évitent, craignant que le patron les voit ensemble et les renvoie également. C’est cette situation déplorable que nous vivons actuellement ».

Les riches veulent des travailleurs obéissants et résignés qu’ils peuvent exploiter à souhait, même au péril de leur vie comme c’est le cas ici, leur objectif étant de tirer le maximum de profit sur le dos des travailleurs.

Individuellement, un travailleur ne fait pas le poids devant un patron, y compris en le déférant devant la justice car la loi est de son côté et il peut faire parler son argent et ses relations.

Il n’existe aucun sauveur dans ce monde pour venir en aide aux exploités. Ceux-ci ne peuvent compter que sur leurs mobilisations et leur luttes collectives pour se défendre contre le patronat et contre le gouvernement à son service. C’est en étant nombreux, forts et déterminés qu’ils pourront inverser le rapport de force en leur faveur. La peur va alors changer de camp !