La vie dure d’un petit jardinier
(Témoignage d’un travailleur)
«Avant de devenir un ouvrier du bâtiment, j’ai travaillé durant des années comme jardinier derrière l’aéroport où je résidais. L’endroit est marécageux, parfois il suffit de creuser un mètre pour avoir de l’eau, c’est idéal pour faire de la culture maraichère, moi je plantais des laitues (salade).
Si tu n’as pas de terrain, celui qui prétend en être le propriétaire met à ta disposition 75 parcelles d’environ un mètre sur trois que nous appelons dans notre langage une butte. À toi de la mettre en valeur. Au final, le 1/3 de la production sera pour le propriétaire de la parcelle et les 2/3 restants pour toi.
Il faut d’abord acheter des semences, insecticides, pesticides, engrais et des arrosoirs d’une contenance d’environ 20 litres. La tâche la plus dure est l’arrosage : sur chaque bras, tu as un arrosoir d’environ 20 kg. C’est ce qu’il faut déverser sur chaque butte, 3 fois par jour, souvent sous un soleil de plomb. Ensuite, tu as le désherbage, etc.
Au bout de 42 jours, il y a la récolte, l’emballage, trouver une femme qui se chargera de vendre ta récolte au marché. Il faut louer un véhicule pour amener ta production jusqu’au marché. Au final, si tout se passe bien pour toi, tu te retrouveras avec environ 40.000 F après avoir abattu tout ce travail. Et ce n’est même pas toujours le cas, les producteurs de salades étant nombreux, il arrive que la production du jour dépasse la demande. Dans notre jargon, nous appelons cela «embouteillage». Dans ces cas, tu as tout perdu. Il faut refaire le piquetage en se vidant les poches, en espérant une meilleure vente la prochaine fois.
Ce travail de maraichage est généralement fait par les travailleurs originaires du Burkina-Faso. La vie est plus dure pour eux. Souvent, ils n’ont pas d’autre choix».
