«Opération épervier» : braquage des pauvres !
(Témoignage)
«Chaque jour la même injustice se répète. Le travailleur se lève très tôt le matin et transpire toute la journée dans les usines et sur les chantiers pour nourrir sa famille. Beaucoup travaillent très tard la nuit. En rentrant à la maison, ils rencontrent un nouveau danger : les braqueurs de l’opération épervier. Les policiers arrêtent les taxis, gbaka ainsi que les pauvres travailleurs qui rentrent à pieds parce qu’ils n’ont pas l’argent du transport.
Ces travailleurs sont devenus la principale cible de la police. Quand un policier t’arrête, il te dit : «personne ne passe, c’est une rafle systématique, tu dois me prouver d’où tu viens et où tu vas». Il ne te demande pas un papier mais deux : la carte d’identité plus une carte de travail. Sauf que beaucoup de patrons refusent de délivrer des cartes de travail à leurs employés pour pouvoir les exploiter et les jeter plus facilement.
En réalité, ces policiers n’ont rien à faire de tes papiers. Ils veulent juste l’argent et ils te demandent de payer entre 2000 et 5000 F. Tout ce que le travailleur a gagné dans la journée, la police le lui arrache. Si tu n’as pas cet argent sur toi ou que tu refuses de le donner, on te fait monter de force dans le véhicule, direction la Préfecture de police.
Cette fois-là, la cellule étant déjà pleine à craquer, on nous a parqué au nombre d’une centaine dans une grande salle sans toilette. Tout se fait dans un coin sur place, tu baignes dans ta saleté. On te demande si tu as quelqu’un à appeler pour venir payer les 5.000 Fr. Dans ce cas, tu es aussitôt libéré. Dans le cas contraire, ton téléphone est confisqué et tu attendras jusqu’au lendemain à 10h pour être libéré, mais à condition que quelqu’un vienne payer ta caution de 5.000 F. Ainsi, on te vole ton argent, on maltraite ton corps et on te fait rater ta journée de travail. Cette police ne protège pas le peuple qui travaille, elle protège les riches et dépouille les pauvres travailleurs d’usine, des chantiers, des marchés. Les exploiteurs ont des corps habillés à leur image, ils font aussi les poches aux travailleurs.
À l’occasion de la fête de l’indépendance, le 7 août, certains policiers sont sortis avec de beaux habits bien blancs, mais cela ne les a pas empêché de racketter. Vraiment, l’habit ne fait pas le moine !».
