Petits paysans et ouvriers sont victimes du même système
Cette année, le prix officiel du cacao « bord-champ » a été fixé par le gouvernement à 1200 Fr le kilogramme. L’année dernière, quand Alassane Ouattara était en campagne pour sa réélection, il avait fait un geste en fixant le prix à 2800 Fr pour récolter des votes dans la paysannerie. Il avait pu le faire d’autant plus facilement que le cours du cacao avait atteint un record sur le marché mondial. Mais, une fois le cinéma électoral plié et emballé, Ouattara ramena le prix du kilo à 1200 Fr.
Les partis d’opposition crient, à qui mieux mieux, pour dénoncer cette baisse. Ils se présentent subitement comme de grands défenseurs des petits paysans. Mais lorsqu’ils étaient au pouvoir, la situation des paysans n’était guère meilleure, contrairement à celle des gros planteurs, des négociants et au bout de la chaine, celle des grandes firmes mondiales qui sont les principales bénéficiaires, sans oublier certains hauts dirigeants politiques, souvent cachés derrière une tierce personne ou quelqu’un de leurs familles.
De 1989 à 1993, le prix du cacao oscillait entre 150 et 200 Fr le kilo. Ensuite, malgré la dévaluation du francs CFA de 50% en 1994, le prix a continué à fluctuer entre 250 et 450 Fr le Kg jusqu’à la campagne 2007/2008, avant de passer au-delà de 700 Fr à partir de la campagne suivante.
Toute la paysannerie n’est pas à mettre dans le même panier car, malgré des hauts et des bas, les grands planteurs de cacao, en véritables capitalistes agricoles qu’ils sont, s’en sortent toujours en payant leurs ouvriers agricoles avec un salaire de misère, souvent à la tâche. Par contre, ce n’est pas le cas de la petite paysannerie dont la récolte lui permet tout juste de payer ce qui lui est strictement nécessaire pour tenir jusqu’à la campagne agricole suivante. Les petits paysans sont obligés de travailler parallèlement sur un petit lopin de terre pour cultiver des produits vivriers nécessaires à leurs besoins quotidiens, rallongeant ainsi leur temps de labeur. Ce cycle recommence année après année, génération après génération.
La terre ne pouvant pas nourrir tout le monde, certains de leurs enfants sont régulièrement poussés à l’exode et transformés en esclaves salariés dans le bâtiment, les usines, le transport, les dépôts, les docks, etc. À défaut, ils viennent grossir le nombre de chômeurs dans les villes.
Quand on sait que de 1964 à 2012 le salaire de l’ouvrier est resté bloqué à 36.607 Fr, il est inutile de préciser que la vie de l’ouvrier en ville n’est guère meilleure que celle du petit paysan resté au village. Sans compter que la dévaluation de 50% du Fr CFA est passée par là en 1994, aggravant par la même occasion le maigre pouvoir d’achat des uns et des autres.
C’est seulement en 2013 que le salaire minimum officiel est passé à 60.000 Fr. Il a fallu encore attendre dix ans pour qu’il soit revalorisé à 75 000 Fr, sachant que durant toutes ces années, le coût de la vie n’a jamais cessé d’augmenter. Depuis 2023 à ce jour, le salaire continue à s’éroder inexorablement.
Face à cette profonde injustice, les ouvriers relèvent parfois la tête et luttent pour empêcher l’aggravation de leurs conditions d’existence. Suivant le niveau de leur organisation, ils arrivent parfois à arracher des arriérés de paiement, notamment des heures supplémentaires, des jours de congés, la prime de transport, la cotisation à la Cnps, etc. Ils doivent souvent affronter les forces de l’ordre et les autorités administratives qui sont toujours du côté du patronat. Certains d’entre eux sont parfois jetés en prison comme des malfrats parce qu’ils ont osé faire la grève et gardé la tête haute devant les dirigeants de leur entreprise qui se comportent comme au temps des colonies et des travaux forcés. Ce temps-là est officiellement révolu mais le système capitaliste est tout aussi impitoyable envers les classes pauvres. Il continue d’affamer, d’empoisonner, de voler, piller et tuer aux quatre coins du monde. Cela continuera ainsi tant que les travailleurs et les petits paysans n’y mettront pas fin par la révolution et à l’échelle mondiale.
