Témoignage sur le déguerpissement de Koumassi-campement
«Le mercredi 3 juin, j’étais à la maison lorsque j’ai été alerté par téléphone que des machines rassemblées à la place Inch-Allah allaient venir démolir notre quartier. Nous n’y avons pas prêté plus d’attention, mettant cela sur les rumeurs habituelles. Mais au fur et à mesure que le temps passait, la rumeur sur l’approche des bulldozers devenait de plus en plus forte, alors j’ai décidé d’empaqueter des affaires.
Nous étions encore là quand un bruit assourdissant a retenti à l’entrée du quartier. C’est la chute du minaret de la mosquée qui avait fait ce bruit. Aussitôt après, les bulldozers se sont attaqué à une boutique mauritanienne qui jouxtait la mosquée. Au moment où certains courraient vers leurs habitations pour pouvoir sauver ce qui pouvait l’être, des jeunes du quartier voulurent faire obstacle à l’opération. À leurs jets de pierres répondirent plusieurs rafales d’armes à feu et des détonations de bombes lacrymogènes. Une fois ce début de résistance brisée, les machines démolirent tout le quartier sans même laisser aux habitants le temps de vider leurs maisons. Quant à ceux qui étaient au travail ou qui étaient absents ce jour-là, ils n’ont pu sauver le moindre effet.
De nombreuses familles ne savent toujours pas où aller se loger et vivent encore au milieu des gravats, sous des bâches en plastique et des parasols. Nombreux sont ceux qui n’auront d’autres choix que d’aller grossir d’autres quartiers précaires qui sont déjà dans la ligne de mire des autorités pour de futurs déguerpissements ».
