Quand les dirigeants des centrales syndicales présentent le recul de l’âge de départ à la retraite comme un pas en avant

09 janvier 2015

SÉNÉGAL

Lors de son allocution télévisée du 31 décembre, Macky Sall a annoncé qu’il a décidé de porter l’âge du départ à la retraire, pour les travailleurs du secteur privé, de 55 à 60 ans. Il a dit qu’il était « heureux » d’annoncer cette nouvelle  » à l’endroit des travailleurs du privé » et a remercié le patronat d’avoir « facilité la satisfaction cette vieille revendication syndicale ». Voilà donc comment ce serviteur du patronat présente sa « bonne nouvelle » aux travailleurs du privé.

Jusqu’ici, l’âge de départ à la retraite était de 60 ans pour les employés de la Fonction publique alors que pour ceux du secteur privé il était de 55 ans. Mais tous les dirigeants syndicaux, à commencer par ceux des grandes centrales, considéraient cela comme une « discrimination » défavorable aux travailleurs du privé et demandaient qu’il soit fixé à 60 ans pour tous. Ils présentaient cela comme « la principale revendication » des travailleurs du secteur privé. Voici ce que disait Modou Guiro, secrétaire général de la Cnts (Confédération nationale des travailleurs du Sénégal) en avril 2014, lors d’une séance de « dialogue social » avec Maky Sall : « Nous avons constaté que ceux qui sont à la fonction publique vont à la retraite à 60 ans sans aucune discrimination alors que pour ceux du privé il y a une grande masse de travailleurs qui partent à la retraite à 55 ans. Cette discrimination frappe en grande partie les femmes qui sont secrétaires, caissières, or les accords avaient maintenu le principe que tout le monde doit aller à la retraite à 60 ans. Nous pensons donc qu’il faut rétablir l’équité, la justice ».

Ce que les dirigeants syndicaux présentent comme une « revendication des travailleurs du privé » n’en est pas véritablement une car ce que veulent en réalité les travailleurs, usés par l’exploitation capitaliste et par le travail harassant que le patronat leur impose pour en tirer le maximum de profit, c’est de partir à la retraite le plutôt mais à condition que ce soit avec une pension de retraite qui puisse leur permettre de vivre décemment. Or dans les conditions actuelles, le départ à la retraite, pour ceux qui ont un salaire de misère, c’est synonyme de l’enfoncement dans une misère encore plus grande. On comprend alors pourquoi une grande partie des petits employés et des ouvriers qui ont la chance d’avoir un emploi, préfèrent conserver leur travail le plus longtemps qu’ils peuvent physiquement le supporter.

Au Sénégal, comme dans la quasi-totalité des pays d’Afrique, non seulement les travailleurs touchent un salaire de misère, mais en plus une grande partie d’entre eux ne sont même pas inscrits dans les registres des caisses de retraite. La plupart des patrons s’arrangent avec les dirigeants des organismes de retraites (ou avec les ministres directement) pour ne pas payer leurs cotisations (ou pour n’en payer qu’une partie). Nombreux sont les travailleurs, surtout dans les petites entreprises, qui se rendent compte, une fois arrivés à l’âge de la retraite, que même s’ils ont un numéro d’enregistrement à la caisse de retraite, ils ne toucheront aucune pension (ou tout au plus une petite misère), car leurs patrons n’ont presque rien cotisé. Ils peuvent toujours légalement poursuivre leurs exploiteurs fraudeurs en justice, mais encore faut-il en avoir les moyens. Sans compter que les patrons, surtout les plus gros, ont des bras longs pour échapper à toute poursuite.

Si les dirigeants des grandes centrales syndicales étaient proches des préoccupations des travailleurs, ils pourraient se donner les moyens pour mobiliser les travailleurs et contraindre les patrons et l’État à augmenter les salaires de manière à ce les familles ouvrières puissent vivre décemment de leur travail, avec des logements sociaux décents, des infrastructures de santé et des écoles publiques dignes de ce nom pour éduquer leurs enfants. Ils pourraient contraindre les patrons et l’État de cotiser plus dans les caisses de retraites pour que les travailleurs puissent vivre décemment après le départ à la retraite. Mais au lieu de cela, ces dirigeants qui prétendent parler au nom des travailleurs ne font que profiter de leurs postes pour fricoter avec l’État et avec les dirigeants du patronat.